Le Mont Tendre
un panorama
à 360°

Le plus haut sommet du Jura Helvétique

La montée sur le Mont Tendre

De la buvette du Mont Tendre, c'est par une marche d'une quinzaine de minutes, en passant par le Crêt des Danses, qu'on atteint le point culminant du Jura Suisse. Le sentier est situé derrière le chalet, juste sous le sommet et suit la ligne de crête, soulignée par un long mur en pierres sèches. Seuls les derniers mètres de la montée peuvent présenter une petite difficulté, bien que, pour certains, la difficulté première réside dans le fait de passer entre le troupeau de vache d'Hérens, très exotique pour la région, qui souvent ne manquent pas de prendre possession du chemin. Même lorsqu’elles sont écornées, leur forte corpulence, leur robe d'un noir profond, en intimident plus d'un... Promeneurs accompagnés, pensez à garder vos chiens en laisse.

Le Mont Tendre, un point de vue incomparable à 360°

Depuis le plateau Vaudois, le Mont Tendre semble tout en rondeur et se fait discret, sa sommité se distinguant assez mal de l'ensemble de la chaîne jurassienne. Du côté de la vallée de Joux, dès qu'on prend un peu de hauteur pour les observer, ses trois mamelons allongés et réguliers, séparés par des dépressions en forme d'entonnoirs, se détachent plus nettement. Mais vu d'en bas, aucun de ses deux versants ne semble imposant, et rien ne paraît de la beauté qui attend celui qui se rend à son sommet. En atteignant le point géodésique qui coiffe le Mont Tendre, sur son mamelon le plus haut (1678,8 m), il découvre une vue à 360°, balayant tous les environs et bien au-delà... Offrant un panorama incomparable, propre à émerveiller le promeneur le plus blasé.

Le Mont Blanc

Si, perché sur la cime la plus élevée de la chaîne Jurassienne helvétique, on regarde vers le sud, c'est le Mont-Blanc, avec ses 4 810 mètres, qui retient d’abord l'attention. Entouré de hauts sommets alpins culminant à plus de 4000 mètres (Grande Rocheuse, Aiguille Verte, Aiguilles du Diable, Grandes Jorasses...), souvent coiffé de son chapeau de nuages, il domine de toute sa masse la chaîne des Alpes, que l'on peut parcourir des yeux depuis les cantons d’Unterwald et de Berne jusqu’au Dauphiné, en découvrant des sommets renommés :

  • L'Eiger (3 970 m),
  • La Jungfrau (4 158 m),
  • Les Diablerets (3 210 m),
  • Le Cervin (4 478 m),
  • Le grand Combin (4 314 m),
  • les Dents du Midi (3 257 m),
  • le Mont Pourri (3 779 m).
Le panorama du Mont Tendre

En contrebas, on plonge sur la partie la plus large du plateau, qui dévoile dans sa totalité l'étendue bleue du lac Léman. Dans la plaine s’éparpillent des villages au milieu de champs cultivés et de petites étendues boisées; sur les rives, les villes : Lausanne, la plus proche, et plus loin Vevey et Montreux; en face, la côte savoyarde française, avec Evian et Thonon les Bains. A l'ouest, à l'extrémité du plus vaste plan d'eau douce d'Europe occidentale (le Lac Léman à une superficie de 580 km² sur une Longueur 73 km), visible par temps très clair, apparaît au loin Genève et son célèbre jet d'eau.
Si on baisse encore les yeux sur le versant sud, ce sont les chalets d'alpage du pré de Mollens et de Ballens que l'on distingue entre les épicéas. Les conifères et la topographie, laissant à peine deviner, sur la gauche au-dessus du chalet de Mollens, le petit plateau qui marque le décrochement de la Roche Perrause (un à pic de 35m), autre point de vue remarquable sur la plaine lémanique.

En continuant vers l'ouest, quand le regard remonte vers le fond des crêtes, il croise immanquablement la Dôle. Avec ses 1677 mètres, c'est le second plus haut sommet du Jura suisse. Elle surplombe au sud-est le sommet de La Barillette (1528 m) et au nord le village des Rousses. Le 26 octobre 1779, son sommet a reçu la visite du poète J-W Von Goethe, qui, impressionné, a déclaré : « Il n'y a point de termes pour exprimer la grandeur et la beauté de ce spectacle ». Il est permis de s’interroger sur sa réaction si l'occasion lui en avait été donné de monter jusqu'au Mont Tendre…

Derrière la Dôle, bien plus au sud, du côté français, on imagine plus qu’on ne voit le Reculet (1 718 m) et le Crêt de neige 1 720 m, les deux plus hauts sommets de la chaîne jurassienne.

Le versant nord du Mont Tendre

Après le Noirmont (1 567 m), passé le Bois d'Amon, le regard s’égare sur le versant nord du Mont Tendre, avec la vallée de Joux, dominée par la forêt du Risoux, à la frontière vers la France et se perd dans l’immensité jurassienne qui court à perte de vue, alternant anticlinaux et synclinaux.
A peu de distance, toujours en regardant au nord, mais très légèrement vers l'est, une longue ligne de sapins, parallèle à la crête, surmontée d'une légère brume bleutée, révèle pour l'observateur attentif l'emplacement des lacs de Joux et du Brenet, dissimulés aux regards par les plissements et les arbres. En direction du nord-est, après les toits rouges des alpages de la Duchatte et de Bucley, c’est la Dent de Vaulion (1482,6 m), et plus loin encore au nord, apparaît le Mont d'Or (1 463 m).
En levant les yeux vers le second des trois mamelons du sommet, qui culmine à 1 672 m, on aperçoit le chalet de la Racine (1509 m), et encore au-dessus, 80 m plus haut sur la gauche, celui de Yens, célèbre pour sa Baume, recensée comme la plus haute cavité du Jura Suisse (1 650 m). Le chalet fait partie intégrante de l'alpage du Mont Tendre.

En progressant à chaque fois de quelques degrés vers l’est, après avoir passé le sommet du Suchet (1 588m) et les Aiguilles de Baulmes (1 559 m), le regard peut courir au loin, à la recherche sur l'horizon de la ligne bleue des Vosges. Puis le regard redescend sur le plateau, avec l'apparition du lac de Neuchâtel et de la plaine de l'Orbe, suivie des premiers contreforts alpins menant à l'Oberland Bernois. Plus loin, ce sont les hauts sommets valaisans, avec la Pointe Dufour (Mont Rose), à 4 634 mètres d'altitude, le plus haut sommet de Suisse et le deuxième plus haut sommet du massif des Alpes, qui couronne l'extrémité valaisanne du lac Léman.

Repère géodésique du mont tendre

Le repère géodésique du Mont Tendre

On ne peut manquer de voir, au sommet, une étrange structure métallique noire, de forme épurée, pyramidale à quatre pans, très haute sur ses pattes scellées au sol, et qui pourrait être l’œuvre sculpturale d’un artiste moderne du Mont Tendre. En réalité, le sommet du Mont Tendre est un point géodésique (ou station géodésique), et la bizarre construction une mire, repère vers lequel ou depuis lequel on peut effectuer des visées. Suivant la définition donnée par l’Institut National (français) de l’Information Géographique et Forestière (IGN), un point (ou station, ou encore repère) géodésique « est un point matérialisé dont les coordonnées, bidimensionnelles ou tridimensionnelles suivant le type de point, sont connues avec précision ».

Jusqu’à la mise en service des systèmes de géo-positionnement par satellites (GPS, GLONASS, et bientôt GALILEO), il était nécessaire de procéder par triangulation pour déterminer les coordonnées d’un lieu. On avait recours pour ce faire à des repères géodésiques (trois au minimum) depuis lesquels on pointait un système optique vers le lieu-cible (procédé par intersection), ou vers lesquels on pointait le système optique depuis le lieu-cible (procédé par relèvement). La mesure des angles permettait, grâce à la trigonométrie, de calculer les coordonnées "horizontales" et l’altitude relative (par rapport à celle des repères géodésiques) du lieu, qui pouvait lui-même être alors répertorié comme un nouveau repère géodésique.

Il était indispensable, notamment en milieu montagnard, que des mires, pour être visibles de très loin, soient placées à grande hauteur, et celle du Mont Tendre remplissait parfaitement son rôle.

Pour connaître l’altitude "réelle", il convenait de se rapporter à un "référent altimétrique", point fixe dont la hauteur par rapport au niveau de la mer est déterminée avec précision.

La Suisse n'étant pas située en bordure de littoral, ce n’est qu’en 1820 que G.-H. Dufour a retenu comme point de référence le plus grand des blocs de rochers émergeant dans la rade de Genève, appelé la Pierre du Niton (la pierre du Niton et la pierre Dyolin sont situées face au quai Gustave-Ador à Genève). Sur la base du niveau moyen de la méditerranée son altitude fut fixée à 376,60 m, puis corrigée en 1902 à 373,60 m (définie par le marégraphe du port de Marseille). De nos jours encore, cette pierre est utilisée comme horizon du système géodésique de référence altimétrique en Suisse.

Guillaume Henri Dufour 1787 1875 : Général, ingénieur, cartographe et homme politique suisse. Il dirigea les travaux de triangulation qui aboutirent à l'établissement d'une carte de la Suisse au 1 : 100 000, qui porte son nom. La Pointe Dufour, la plus haute montagne de Suisse, a été baptisée ainsi en son honneur. Il est également cofondateur avec Henri Dunant, Gustave Moynier, Théodore Maunoir et Louis Appia, de la Croix-Rouge internationale.
Par l'auteur

L'armée Suisse à l'assaut du sommet du Mont Tendre

Zone de tir sur le Mont Tendre

Le temps n'est pas si vieux où le sommet du Mont Tendre était pour l'artillerie, stationnée sur la place d'arme de Bière, une zone de tir. Aussi paradoxal que cela puisse être, le plus haut sommet du Jura suisse, faisant partie du réseau naturel de randonnées des crêtes du Jura, fut la cible d'obus tirés depuis la vallée, et ce, durant une grande partie de l'année. Les tirs étaient suspendus seulement pour la période de l'estive, mais ils laissèrent beaucoup de débris et de marques sur le sommet. Aujourd'hui encore, malgré l'arrêt définitif de cette pratique militaire, on peut trouver bon nombre d'éclats d'obus rouillés sur le versant sud.

Dans les années 80, l'armée Suisse, imagina d'établir une place d'armes permanente sur le Mont Tendre. Elle dut cependant faire marche arrière et renoncer à son projet, face à la levée de boucliers des associations de protection de l’environnement. En juin 2010, elle récidive, avec le projet de construction d'une antenne de 25 mètres de hauteur au sommet encore vierge de toute infrastructure technique. Un recours alors est déposé par plusieurs associations, aux côtés de Pro Natura Vaud, suivies et encouragées par le Grand Conseil Vaudois, qui s'indigne de la méthode utilisée pour imposer un tel projet : Le Département Fédéral de la défense, ayant classé l'antenne secret-défense, pour limiter la possibilité de recours judiciaires, n'a annoncé sa construction que 10 jours avant le début des travaux. L'affaire ayant été portée devant les tribunaux, le Département Fédéral renonce définitivement à placer l'antenne sur le Mont Tendre, mais négocie un nouveau lieu. En direction du col du Marchairuz,
le Cunay, propriété de la commune de Bière, déjà doté des antennes du Skiguide, se verra orné de la nouvelle antenne de surveillance aérienne.

La buvette du Mont Tendre